N°141 - Evaluer avec le Quart Monde

Type de document : Article
Jacques Gallois

Accès de tous à la vie associative

Résumé

« Les associations constituent des lieux privilégiés de médiation entre les solidarités. Elles ont à remplir, entre les grandes administrations qui bougent lentement et les partenaires mouvants de la vie sociale, un rôle d’écouteur de besoins, d’inventeur de réponses bien ajustées, de mobilisateur d’énergie libérées et en recherche d’emploi.1 »

Les associations doivent permettre à chacun de participer à la vie locale, de favoriser la pleine citoyenneté de tous et de faire que chacun se sente acteur de l’évolution générale.

Est-ce que les associations sont actuellement poussées à jouer ce rôle ? Les événements récents et moins récents qui ont secoué plusieurs quartiers défavorisés, montrent que leur implantation et surtout leur implication dans ces quartiers ne sont pas suffisantes. Ces événements prouvent aussi à l’évidence que la vie associative, par la participation de chacun à la vie locale, doit être considérée comme un élément déterminant de la lutte contre l’exclusion sociale et comme un puissant facteur d’intégration.

Cet aspect a été cité par le Conseil économique et social dans son rapport « Grande pauvreté et précarité économique et sociale » comme suit :

« La participation de personnes et familles en grande pauvreté à diverses associations existe, mais elle s’opère, dans bien des cas, sur le mode de la simple fréquentation plus que sur celui d’une action élaborée et menée ensemble. Elle est généralement aussi très irrégulière. Telle mère de famille assistera à une réunion de parents d’élèves, tel père participera à une réunion de locataires. Mais ils ne comprennent pas nécessairement le débat, la question pédagogique ou la réglementation discutée. Leurs propres soucis relèvent de situations extrêmes qui n’intéressent pas nécessairement  la moyenne des participants

Le dialogue avec les personnes très pauvres ne s’établit pas d’emblée, compte tenu notamment du décalage culturel ; il nécessite un apprentissage préalable de part et d’autre. »2

1. Le premier apprentissage est celui des militants d’associations pour qu’ils s’engagent à aller à la rencontre de ceux – adultes, jeunes et enfants – qui, exclus de partout, le sont aussi de la vie associative et n’ont pas la force suffisante pour oser y participer par eux-mêmes. Cette rencontre est à la base d’une connaissance réciproque qui permet à chacun de se comprendre, de communiquer avec un langage accessible à tous et de développer, dans le cadre de l’association considérée, des actions conçues avec les plus pauvres pour qu’ils puissent y participer. L’Etat devrait subventionner de telles actions d’apprentissage.

Des cycles de formation destinés aux cadres permanents et aux responsables élus des associations, agissant dans le cadre d’une action sociale et socio-éducative pourraient se développer, notamment avec le soutien du Fonds national pour le développement de la vie associative, et d’autres organismes sociaux concernés et dotés en conséquence.

Il s’agirait pour ces cadres d’apprendre à connaître la population exclue de la participation associative, à découvrir ses intérêts pour les mettre au rang des priorités de leurs associations, et à rechercher comment cette population pourrait se mobiliser à son tour pour la défense des intérêts de tous.3

« Les associations existantes dont certains membres feraient le projet de s’ouvrir aux exclus et s’engageraient à aller à leur rencontre devraient aussi recevoir une subvention pour la formation de ces personnes. »

2. L’apprentissage nécessaire des populations sans expérience associative nécessite d’autres mesures essentiellement destinées à faire disparaître les barrières provenant de la différence de niveaux culturels.

Ecoutons la demande des familles telle que l’on peut l’entendre dans les Universités populaires du Quart Monde :

« Face à toutes nos conditions de vie difficiles, on voudrait être écouté, être utile à quelque chose, pour défendre notre dignité, notre liberté. Mais pour cela, il faut être instruits sinon les autres se serviront toujours de nous. »

« On voudrait savoir ce qui nous concerne. On voudrait savoir nos droits. »

L’exemple des Universités populaires du Quart Monde prouve que les personnes de milieux défavorisés, comme celles de tous les autres milieux sociaux, souhaitent se réunir dans des groupes où elles ne soient pas marginales et où elles puissent s’ouvrir à d’autres milieux.

L’exemple de ces universités met aussi en évidence que, pour se sentir à l’aise, et apprendre la vie associative, la rencontre avec d’autres personnes avant les mêmes conditions de vie, mais qui ont un peu d’avance dans la formation, est une excellente « pédagogie. »

Une des grandes injustices exprimées à l’occasion de ces universités est de ne pas avoir les moyens de comprendre et de participer à l’avenir de la société, de ne pas exister pour d’autres au-delà du cercle familial, de ne vas apporter une contribution à un développement social plus solidaire.

La vie associative contribuera à l’intégration et à la participation de ces personnes. C’est pourquoi l’accès aux associations doit être considéré par le pays comme un droit à assortir de moyens pour les citoyens n’ayant pas la possibilité de les trouver par eux-mêmes.

Pour permettre cette participation, plusieurs moyens pourraient être proposés :

- Subventionner, avec un montant explicité, les actions d’aide à l’expression des personnes exclues de la vie associative, actions entreprises par des équipes de travailleurs sociaux ou des associations proches de la vie quotidienne des populations concernées.

- Subventionner de la même façon les actions intégrant dans les groupes d’enfants ou de jeunes existants, les enfants ou les jeunes qui ordinairement ne sont pas pris en compte parce que leur environnement culturel ne leur avait pas donné la possibilité de cette participation..

- Encourager dans les associations à caractère social, socio-éducatif et culturel, la présence de participants de milieux très défavorisés qui doivent y trouver des interlocuteurs et des partenaires capables de communiquer dans un langage accessible sur les sujets qu’ils ont à cœur.

- Permettre aux mouvements associatifs qui accompagnent les familles dans leur réinsertion d’être représentés au sein des instances de concertation où l’on décide des mesures de lutte contre la pauvreté.

- Evaluer régulièrement les résultats de ces actions et, surtout, dans quelle mesure les exclus de la vie associative, adultes, jeunes et enfants ont été touchés.

Les associations doivent créer des rassemblements qui mêlent différentes couches sociales. L’échange qui en découle conduit à élargir l’univers de chacun et à réduire l’enfermement des exclus. Mais il est nécessaire d’aller à la rencontre de ces exclus, enfants, jeunes et adultes.

Les capacités de création et d’innovation des associations sont un moyen de combattre la pauvreté culturelle, pauvreté qui entrave la participation politique et sociale, ainsi que la jouissance de la pleine citoyenneté.

Notes de base de page numériques:

1 « La place et le rôle du secteur associatif dans le développement de la politique d’action éducative, sanitaire et sociale », Rapport de M. Théry au Conseil économique et social, 11-06-86.
2 « Grande pauvreté et précarité économique et sociale », Rapport de M. Wresinski au Conseil économique et social du 11-02-87, page 96.
3 Idem, page 10.

Pour citer cet article :

Jacques Gallois. «Accès de tous à la vie associative». Revue Quart Monde, N°141 - Evaluer avec le Quart MondeAnnée 1991Revue Quart Monde
document.php?id=3686

Quelques mots à propos de :  Jacques  Gallois

Jacques Gallois, ingénieur durant sa vie professionnelle, s’est engagé comme allié dans le Mouvement ATD Quart Monde dès son départ en retraite. Il a coopéré au rassemblement des défenseurs des droits de l’homme au Trocadéro le 17octobre 1987, représente ATD Quart Monde parmi les associations qui cherchent à s’unir pour mettre fin à la misère, violation des droits de l’homme.