Introduction

Type de document : Article
Daniel Fayard

La santé pour tous : pour quand ?

« La demande des familles les plus pauvres à l’égard du monde médical s’accompagne de leur espoir d’être comprises dans leur refus de la misère. Souvent mal préparés à cela, les services de santé ont le sentiment d’être inefficaces, incriminant parfois l’ignorance, l’indifférence, voire une mauvaise volonté, des plus pauvres. Dans leur rencontre avec les personnels de santé, notamment, les plus pauvres se posent fortement la question de savoir si leur santé a une valeur pour autrui. Trouveront-ils autour d’eux des interlocuteurs pour refuser avec eux tout ce qui use leur corps et leur santé ? Le contexte économique et social actuel renforce cette question, alors que le chômage les touche massivement et que les difficultés pour se loger, se nourrir, se chauffer, compromettent l’intégrité de leur famille.

Pourtant, les dépenses de santé ne cessent de s’accroître en France, manifestant à quel point nos concitoyens y accordent de l’importance. La cinquième semaine de congés payés montre combien compte le repos du corps et de l’esprit…Les plus défavorisés bénéficient-ils de cette évolution ? Le droit aux vacances est-il destiné à ceux dont la vie quotidienne nécessite de pouvoir « souffler » régulièrement… ? Pour rendre les moyens de la santé accessibles à tous, des hommes et des femmes s’associent aux plus défavorisés. Ensemble, ils ont la volonté :

- que tous puissent avoir un travail convenable et vivre avec ceux qu’ils aiment ;

- que tous bénéficient d’un niveau équivalent de protection sociale ;

- que les services de santé soient des lieux de soins accessibles aux plus démunis ;

- que l’expérience des familles les plus défavorisées serve à faire progresser la santé de tous. »

Ces propos, toujours d’actualité, datent de 1985. Ils concluent le dernier numéro (120) de la revue Igloos (à laquelle Quart Monde a succédé), consacré au document qui a servi d’introduction au Forum régional de Nancy « Pour une politique de la santé : le Quart Monde acteur et partenaire ». Ce forum a été la première grande manifestation publique du Mouvement ATD Quart Monde consacrée à la santé. Sa préparation, son déroulement et surtout ses retombées ont été décrits par François Paul Debionne1. Depuis dix-sept ans, que de chemin parcouru pour mieux faire prendre en compte la santé des plus pauvres par les instances publiques, tant locales que nationales et internationales. Des universités populaires Quart Monde, des recherches académiques, des programmes d’action, des colloques, des rapports officiels y ont contribué. De nombreux professionnels de santé et des membres du Mouvement ATD Quart Monde y ont consacré beaucoup d’énergie et ont fait preuve d’innovation dans leurs pratiques. En France, la loi du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions et celle du 27 juillet 1999 portant création de la couverture maladie universelle (CMU) ont permis des avancées significatives pour promouvoir « le droit de tous à la santé. »

Pour autant, en ce domaine comme dans d’autres, les finalités poursuivies par les professionnels et les institutions tant nationales qu’internationales peinent et tardent à atteindre leurs objectifs aussi bien quantitatifs (« tous ») que qualitatifs (santé = bien-être), le plus souvent faute de moyens matériels, de temps disponible, de coopération avec d’autres acteurs, de connaissance et de compréhension suffisantes des populations les plus pauvres. Or pour celles-ci, comme pour les autres, la santé représente un des biens les plus précieux, sans lequel tout, dans la vie, se trouve compromis. Aux yeux de beaucoup de nos contemporains, l’effectivité du droit de tous à la santé devrait revêtir un caractère de priorité absolue et constituer un indicateur majeur dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Au sein de l’Organisation mondiale de la santé il ne manque pas d’experts pour estimer que cette ambition n’est nullement démesurée et pourrait être raisonnablement réalisée dans un délai relativement court. On se souvient de son slogan mobilisateur « La santé pour tous en l’an 2000. » Sur le terrain, dans nos pays du Nord comme dans ceux du Sud, ont pu se développer des réalisations innovantes dues à l’engagement et à la persévérance de quelques équipes très motivées s’étant donné ou ayant obtenu des moyens appropriés. Ce qui accrédite l’idée que, sous certaines conditions, même des personnes très démunies ou très isolées peuvent tirer parti d’une action de santé, surtout si celle-ci s’inscrit dans la mise en œuvre d’un développement global et d’un partage des savoirs.

Ce présent numéro de Quart Monde ne prétend pas établir un bilan exhaustif de l’évolution des politiques et des pratiques pour garantir le droit de tous à la santé ni offrir un « état des lieux » des besoins sociaux encore ressentis à cet égard. Il n’a d’autre ambition que de donner la parole à un certain nombre de témoins et d’acteurs engagés à titre divers dans ce domaine pour qu’ils puissent partager quelques-unes de leurs rencontres, de leurs expériences et de leurs réflexions.

Notes de base de page numériques:

1 François Paul Debionne : La santé passe par la dignité. L’engagement d’un médecin,  éd. de l’Atelier / éd. Quart Monde. 2000. 240 pages.  Voir aussi aux  éd. Quart Monde  La santé des enfants et des familles du Quart Monde. Dossier pédagogique et documentaire, ATD Quart Monde et Centre international de l’enfance, 1989, 116 pages et Grandir ensemble, parents et tout-petits, Isabelle Deligne et le Club des bébés, 1993,200 pages.

Pour citer cet article :

Daniel Fayard. «La santé pour tous : pour quand ?». Revue Quart Monde, N°184 - La santé pour tous : pour quand ?Année 2002Revue Quart Monde
document.php?id=2457

Quelques mots à propos de :  Daniel  Fayard

Volontaire permanent du Mouvement ATD Quart Monde