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La rédaction

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Lieve Vanhee, Kim Laporte, Jozef Corveleyn

Avec la collaboration de Piet Fontaine et Ides Nicaise

De la pratique éducative dans les familles défavorisées

Ed. Garant, Louvain, 2001, 391 pages

Cette étude a interrogé des parents participant aux activités de trois organisations : Centrum Kauwenberg1 à Antwerpen, le Club des bébés de Molenbeck et Netwerk à Leuven. Ces trois associations soutiennent - surtout dans le domaine de l’éducation - des personnes et des familles en situation de grande précarité. Elles prennent en compte la famille individuelle, le groupe et l’environnement social (direct et plus large). Une interaction permanente se crée entre les dynamiques générées par les activités proposées. Des rencontres en groupes sont l’activité clé. Les groupes se concentrent sur les compétences de chaque individu et de chaque famille. Ils ne mettent pas l’accent sur les problèmes mais ils cherchent toujours à confirmer l’engagement, les efforts, les forces et les ressources. Ils partent du principe que les parents défavorisés ont un savoir spécifique sur leur situation qui n’a pas encore été suffisamment exploré.

Seuls les membres des groupes qui le souhaitaient ont participé à la recherche. Cette recherche repose sur 77 contacts (entretiens de groupe, observation participative, quelques entretiens individuels). Le dialogue a été établi avec 89 parents : 12 hommes et 77 femmes dont une grande proportion de mères isolées.

Le but est de se concentrer sur les forces, les potentialités ou les ressources de parents et des familles dans le domaine éducatif. Les questions de la recherche ont été formulées ainsi :

1 - Quelles sont dans leur pratique éducative les forces, les potentialités et les difficultés des parents qui vivent en situation de précarité ?

2 - Quelles conditions sont essentielles pour que ces potentialités puissent être renforcées et que les parents puissent mieux gérer les difficultés de façon à maximaliser les possibilités de développement offertes à leurs enfants ?

3 - Comment peut-on éviter autant que possible de devoir recourir au placement forcé, et de quelle manière peut-on organiser un placement pour qu’il soit le moins déstabilisant possible ?

L’étude cite abondamment parents et animateurs des groupes. A partir de ces dires, une analyse très détaillée de toutes les données entant dans l’éducation des enfants est entreprise. Ces parents vivent en milieu très précaire et ont une histoire individuelle pleine de souffrance, de rupture, de solitude et d’abandon. L’analyse ne cache pas les difficultés, la complexité et les contradictions avec lesquelles les parents se débattent. Elle met aussi en valeur les ressources dans lesquelles les parents vont puiser pour donner à leurs enfants une éducation, comprendre les appuis qu’ils trouvent et surtout la signification qu’ils donnent à leurs attitudes et à leurs choix éducatifs.

Cette étude nous permet de plonger avec leurs parents jusque dans le cœur de leurs difficultés, d’avoir l’impression de nous engouffrer, comme eux, dans des impasses. Puis elle nous donne de se laisser éclairer par les voies que les parents trouvent, par leur manière d’apprendre les uns des autres et ainsi de faire fructifier leurs expériences. (Brigitte Jaboureck)

Traduit de l’allemand par Bertrand Chokrane.

Introduction de Serge Paugam et de Franz Schultheis

Ed. PUF / Quadrige, 2002, 102 pages

Voici rééditée (1ère édition en 1998) la traduction en français du fameux texte (64 pages) de Georg Simmel (1858-1918) sur la pauvreté Der Arme, paru en 1908 dans l’ouvrage principal de ce philosophe et sociologue allemand : Soziologie.

Une longue introduction (38 pages) permet au lecteur de se familiariser avec la réflexion théorique de « ce père fondateur de la sociologie allemande » dont l’originalité a été de « penser le social de manière radicalement relationnelle. » On comprend dès lors qu’il se soit attelé à analyser la pauvreté à partir des relations d’assistance. Celles-ci mettent en jeu le droit moral et le devoir moral de leur venir en aide qui incombe solidairement aux proches, aux communes et à l’Etat, selon leurs capacités contributives respectives et la nature des handicaps et des besoins - étant entendu que ne devrait être satisfait par obligation que « le strict minimum nécessaire pour la vie des pauvres. » L’assistance a partie liée avec la notion de « minimum social » : il faut « s’assurer que les pauvres reçoivent ce à quoi ils ont droit – en d’autres mots, qu’ils ne reçoivent pas trop peu », mais aussi qu’ils « ne reçoivent pas trop ». Il suffit que les pauvres soient soulagés individuellement, au cas par cas, pour compenser la déficience sociale de leurs conditions.

Mais par ailleurs « la collectivité peut changer les circonstances économiques et culturelles fondamentales qui provoquent ces conditions. » Elle le peut. Elle n’a pas obligation de le faire, mais elle y a intérêt au nom de ce que nous pourrions appeler aujourd’hui la « cohésion sociale ».

A ceci près qu’on peut être pauvre individuellement sans l’être socialement et inversement. « Dans toutes les civilisations développées, il y a des personnes qui sont pauvres dans leur classe et qui ne seraient pas pauvres dans une classe inférieure… Il peut arriver qu’un homme vraiment pauvre ne souffre pas du décalage entre ses moyens et les besoins de sa classe, de telle sorte que la pauvreté dans le sens psychologique n’existe pas pour lui, tout comme il peut aussi arriver qu’un homme riche se donne des objectifs plus hauts que les désirs propres à sa classe et à ses moyens et qu’ainsi il se sente psychologiquement pauvre. Ainsi il est possible que la pauvreté individuelle - l’insuffisance de moyens pour les fins d’une personne - n’existe pas pour quelqu’un, alors qu’il y a pauvreté sociale, et il est possible d’autre part qu’un homme soit individuellement pauvre bien que socialement aisé. »

Dès lors, « le fait que quelqu’un soit pauvre ne veut pas dire qu’il appartienne à la catégorie sociale des pauvres… Ce n’est qu’à partir du moment où ils sont assistés (ou devraient l’être) que les pauvres deviennent membres d’un groupe caractérisé par la pauvreté. (Cependant), ce groupe ne demeure pas uni par l’interaction de ses membres mais par l’attitude collective que la société, en tant que tout, adopte à leur égard. »

« Ce n’est que lorsque la pauvreté implique un contenu positif commun qu’une association de pauvres, en tant que telle, apparaît… ». Mais cela est rare : « A cause de ce manque de qualification positive, la classe des pauvres n’engendre pas malgré leur position commune, de forces sociologiquement unificatrices. »

Ces quelques extraits n’ont d’autre ambition que de faire entrevoir la nature des réflexions de Georg Simmel, qui ont influencé la lutte la pauvreté, depuis plus d’un siècle, pas seulement en Allemagne. (Daniel Fayard )

Traduit de l’américain par Patrick Berthon

Ed. Robert Laffont, coll. Best-Sellers, 383 pages

« L’inondation progressait plus vite que les hommes ne l’avaient prédit, ce qui, étant donné leur pessimisme naturel, avait de quoi étonner.

Jamais on n’a vu ça en octobre, affirma Grand-mère en tortillant son tablier.

Papy continuait à regarder autour de ses pieds ; nous ne le quittions pas des yeux. Le soleil se levait, mais le ciel était couvert et les nuages projetaient des ombres mouvantes. En entendant une voix sur la droite, je me suis retourné. Les Mexicains étaient là, formant un cortège silencieux ; ils nous regardaient. Un cortège funèbre n’aurait pas été plus sinistre.

Nous étions tous curieux de voir de plus près la montée des eaux. J’en avais été témoin la veille, mais je voulais voir l’inondation gagner du terrain, avancer lentement vers notre maison, comme un serpent géant dont rien ne pouvait arrêter la progression. »

Plongé dans une catastrophe qui le dépasse autant que les champs de cotonniers où il trime avec sa famille, Luke Chandler l’observe avec son regard de petit garçon de 7 ans. Nous sommes en automne 1952, dans le delta de l’Arkansas où des paysans endettés embauchent, pour la récolte de coton, des ouvriers agricoles encore plus pauvres qu’eux, de jeunes Mexicains et des familles entières venues des collines des monts Ozarks.

Parce que le narrateur est un enfant, curieux et sensible, observateur et intelligent, nous assistons à cette cohabitation de communautés soudées, de façon très éphémère, par la sueur et l’espoir de jours meilleurs. Un équilibre au fil du rasoir entre charité et injustice, respect et exploitation, résignation et révolte.

A travers quelques personnages forts, John Grisham fait couver au cœur de cette fournaise des drames (bagarres mortelles, guerre de Corée, faillite économique…) comme il fait éclater l’orage. Lentement, inexorablement. Mais sans pour autant altérer la fraîcheur d’âme de son jeune héros. Le récit est bercé par les émotions qui lui font battre le cœur : ses rêves de devenir un champion de base-ball, ses sentiments pour ses parents et ses grands-parents, ses premiers émois charnels, son émerveillement devant les attractions d’une fête foraine ou la table des desserts d’un pique-nique paroissial, sa peur de la violence, ses interrogations face à certaines incohérences de son éducation baptiste, son étonnement scandalisé devant l’extrême misère d’une famille, dernière des dernières de l’échelle sociale (« Ils étaient à l’abri, au chaud, ils ne mourraient plus de faim. Comment pouvait-on être aussi pauvre ? Je ne pouvais plus éprouver de l’aversion pour eux. C’étaient des gens comme nous, qui avaient le malheur d’être nés métayers ; je n’avais pas à les mépriser. »)

Documentaire social et quasi ethnologique sur la vie de fermiers d’une petite bourgade de l’Arkansas sous le joug de la religion baptiste, La dernière récolte est en même temps la chronique douce-amère d’une initiation à la sortie de l’enfance. Car Luke Chandler quittera, avec ses parents, les terres familiales pour une grande ville industrielle du nord du pays. John Grisham a su broder sur cet éternel mythe américain d’un nouveau monde tout en dépeignant avec nostalgie une civilisation qui s’apprête à disparaître. Celle d’une Amérique rurale, patriarcale, où les générations cohabitent sous le même toit et où la télévision n’a pas encore remplacé la radio.

L’auteur, un ancien avocat, est connu, entre autres, pour ses thrillers dont six ont été adaptés au cinéma notamment La firme et l’Affaire Pelican. Ce livre est très certainement son roman le plus personnel. Un roman réaliste, tendre et d’une lecture accessible à tous. (Chantal Joly)

L’engagement d’un médecin.

Ed. Quart Monde, coll. Des livres contre la misère, 2000, 240 pages

D’abord médecin dans un quartier défavorisé, l’auteur travaille actuellement comme médecin inspecteur de la santé publique. Depuis quelque trente ans, il participe avec passion aux débats sur la santé, menés en France et en Europe et aux avancées qu’ils ont permis. Il retrace cet engagement comme une invitation à poursuivre le combat pour rendre effectifs les droits de toute personne à la santé et à la dignité.

Notes de base de page numériques:

1 Cf. Quart Monde, n° 182

Pour citer cet article :

La rédaction. «Livres». Revue Quart Monde, N°184 - La santé pour tous : pour quand ?Année 2002Revue Quart Monde
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