Inclus dans la revue "Altermondes" - revue de solidarité internationale - un dossier parrainé par diverses associations (ATD Quart Monde, Amnesty, Aide & Action, etc…) traite des droits de l’enfant et de leur protection.
Article de Jean-Christophe Sarrot, rédacteur en chef de Feuille de route Quart Monde :
Soutenir la famille, c’est soutenir l’enfant.
"La famille au sens étroit ou au sens large est la source essentielle d’identité de l’enfant, de liens, de valeurs transmises, de sécurité et d’affection. La protéger quand elle est mise en péril par la pauvreté, la guerre ou les catastrophes naturelles, c’est aussi protéger les droits de celui-ci."
Quatre types de liens sociaux fondamentaux relient un être humain à la société : le lien de filiation ou lien familial, qui le rattache à sa famille et à ses racines ; le lien d’appartenance communautaire, qui le rattache à son environnement proche et lui permet d’expérimenter l’entraide et la solidarité ; le lien de participation organique, qui se constitue dans le cadre de l’école et se prolonge dans le monde du travail ; le lien de citoyenneté qui reconnaît aux membres de la société des droits et des devoirs.
Ces quatre types de liens permettent à un enfant de grandir et d’accéder à ses droits fondamentaux. Ils sont protégés par la Convention relative aux droits de l’enfant. Si l’un ou plusieurs d’entre eux sont mis à mal, le bien-être et la croissance de l’enfant peuvent s’en trouver compromis.
Le lien familial devrait donc être l’objet de la même attention de la part des adultes que les trois autres types de liens, et que les conditions d’éducation, de logement, de santé, etc., de l’enfant. Le préambule de la Convention des droits de l’enfant précise bien que les États parties sont « Convaincus que la famille, unité fondamentale de la société et milieu naturel pour la croissance et le bien-être de tous ses membres et en particulier des enfants, doit recevoir la protection et l’assistance dont elle a besoin pour pouvoir jouer pleinement son rôle dans la communauté ». Mais, « Étrangement, estime le directeur de la division des politiques sociales et du développement des Nations Unies, le rôle central de la famille a souvent échappé à l’attention des responsables politiques… (Ils) commencent seulement à prendre conscience que les programmes visant à éradiquer la pauvreté et à fournir des services de base doivent tenir compte des efforts que les familles ont déjà commencé à entreprendre et les soutenir. »
Un ouvrage récent - "Eradiquer la misère", coordonné par Xavier Godinot - a montré récemment combien des enfants, des jeunes ou des adultes de milieu très défavorisé de quatre continents contribuent à la vie de leur famille, celle dans laquelle ils sont nés, celle qui les a accueillis ou celle qu’ils ont construite. Ils ne défendent pas une certaine idée de la famille au nom d’une morale ou de normes sociales, mais leur propre famille concrète, dont les liens naturels ont été mutilés par la misère. Cet ouvrage montre aussi que l’enfant ou le jeune, s’il est soutenu et accompagné dans la durée, peut renouer des liens fondamentaux, augmenter ses chances d’accéder à des droits dont il était privé et ré-assumer ses responsabilités vis-à -vis des siens.
Une mère de famille au Pérou témoigne : « J’aime mes enfants. Je veux qu’ils aient un travail stable et qu’ils deviennent quelqu’un dans la vie. Si un jour mes enfants fondent une famille, je veux qu’ils se battent pour leurs enfants comme je me suis battue pour eux ». De fait, ses enfants ont connu une plus grande stabilité familiale que leurs parents et ont pu pousser plus loin leurs études. Mais son compagnon se lamente de ne plus trouver de travail depuis des années : « Regardez mes mains, ce sont pourtant celles d’un travailleur ! Ce qui fait le plus mal, c’est la misère qui nous étouffe. J’essaie d’en sortir mais je n’y arrive pas. Je suis confronté à trop de problèmes. Ça me rend vraiment triste parce que je veux que mes enfants aient un meilleur avenir. »







