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Revue Quart Monde 220 :

Le corps : source de honte ou chance de liberté ?
jeudi 10 novembre 2011

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Ce dossier ne cherche pas à aborder les différentes manières de présenter, ou de représenter, ou de ’supporter’ son corps ; " Mon corps parle pour moi " dit un intervenant… Il s’agit seulement de dégager ici des expériences de terrain et des pistes de réflexion, fondées sur l’apport de ceux dont le corps souffre d’être rarement instrument de liberté…

Que je me tienne devant un proche, devant mon médecin, un professeur, un journaliste, devant une assemblée, devant une Å“uvre d’art ou dans une salle de danse, mon corps parle pour moi. Il révèle ma manière d’être au monde. Comme dans un livre ouvert, l’histoire de mes souffrances, de mes luttes et de mes joies s’y donne à voir et plante le décor d’une relation à autrui qui s’en trouvera affectée.

Trop de souffrances endurées par ce corps étroitement lié à l’être intime de chacun peuvent conduire à la négation, à la négligence, à la honte de soi-même. Pire, quand le préjudice est trop grave, les victimes utilisent parfois un mécanisme appelé « sortie du corps ». Tout en étant physiquement présente à l’agression subie, la personne s’absente psychiquement de la scène, se déconnecte de son corps pour échapper à l’expérience d’anéantissement. « Depuis que je fais l’atelier danse, je me sens moins complexée avec mon corps. Je trouve ça dommage d’avoir honte de mon corps. L’image que j’ai de moi a changé […] » analyse une participante à l’atelier danse de Noisy-le-Grand.

« Le corps à exposer, c’est […] le corps du "bon pauvre" méritant d’être secouru ; un corps apte à jouer avec la visibilité médiatique à travers son aptitude à se montrer propre, sobre, responsable et digne d’attention […] » souligne l’auteur de l’article intitulé "Le corps du pauvre, une arme politique", à propos du mouvement des Enfants de Don Quichotte de décembre 2006.

Enfermement des pauvres, exploitation de leur force de travail, déplacements forcés de populations, l’Histoire - ancienne et récente - regorge d’exemples d’utilisation mercantile ou normative du corps des pauvres.

À notre époque où les progrès de la médecine prennent de vitesse la réflexion sur le respect de l’être humain, en quoi des procédés nouveaux comme les expériences sur les embryons humains, les dons d’organes, les mères porteuses touchent-ils les populations pauvres ? Dans quels lieux ont-elles l’occasion de débattre des questions liées à la bioéthique, aux neurosciences ? Suffit-il que les grands textes internationaux se réfèrent aux droits de l’homme pour que les plus pauvres soient protégés ?

Ce dossier n’a pas pour ambition d’aborder ces questions de manière exhaustive, mais de dégager des expériences de terrain et des pistes de réflexion qui permettent de les fonder sur l’apport de ceux dont le corps souffre d’être si peu instrument de leur liberté…

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