D’où est venue l’idée de ce livre ?
Déléguée aux questions familiales pour Atd Quart Monde de 1999 à 2004, j’ai été témoin de nombreuses situations de placement d’enfants, révélant beaucoup de souffrances, d’incompréhensions, d’impuissances et de peurs, et amenant à s’interroger sur le sens de ces mesures. J’ai aussi partagé les interrogations des professionnels. Encouragée à rassembler par écrit cette expérience en alternant révolte, doute et espoir, j’ai croisé les points de vue. Ce livre donne la parole aux familles (rarement entendues dans les débats sur la protection de l’enfance) et dénonce certaines pratiques. Il rappelle les avancées obtenues et donne des exemples d’initiatives plus respectueuses des familles. Il invite surtout à ouvrir la réflexion en y associant les parents.
La pauvreté est-elle encore une cause de placement ?
Il y a un lien indéniable. La pauvreté impose des conditions difficiles pour élever des enfants. Aujourd’hui en France, il existe encore des placements pour « motifs économiques », en particulier, à cause des problèmes du logement. Le plus souvent, ce sont les insécurités multiples qui compromettent l’avenir des enfants. Le placement est censé aider la famille, or trop souvent il manque des soutiens plus appropriés, plus importants, qui permettraient soit d’éviter ces séparations soit de préparer le retour de l’enfant. On traite l’urgence et on ne déploie pas la même énergie pour, par exemple, sortir la famille de l’insalubrité. Reconnaître et comprendre ce lien entre pauvreté et placement permettrait de rechercher des réponses plus adaptées.
Quelles pistes de changement proposez-vous ?
L’un des fils conducteurs, c’est le respect du droit. Des règles de procédures existent tant pour le droit de visite, l’aide juridictionnelle, l’accès au dossier, l’autorité parentale. Elles ne sont pas connues ou bien on s’en affranchit pour des tas de raisons. Or respecter le droit, c’est respecter la dignité des personnes et proposer d’autres pratiques. Par ailleurs la France a signé un certain nombre de textes tels la Convention européenne des droits de l’homme et la Convention internationale des droits de l’enfant. Notre pays a le souci de protéger les enfants, mais l’Etat doit être interrogé sur ce qu’il met en oeuvre pour garantir le droit essentiel de tout enfant de pouvoir vivre en famille et de tout parent de pouvoir élever dignement ses enfants.
Est-ce uniquement une question de moyens ?
De moyens, mais aussi d’état d’esprit. Lorsqu’un département supprime le budget attribué à ses travailleuses familiales, c’est dramatique pour les familles qui ont besoin de ce soutien. Il faut aussi savoir que le placement coûte plus cher que nombre d’autres pratiques. C’est une question de choix politiques comme de changement d’attitude. Il existe tout un courant de professionnels qui cherche à mobiliser les compétences des personnes. Parallèlement, la peur - légitime - de passer à côté de drames renforce le contrôle sur les familles. Il est donc nécessaire de développer des formations sur ce que vivent et espèrent les familles pour que ce dialogue se bâtisse.
Propos recueillis par Chantal Joly






