Pourquoi ce livre ?
F.F. : Dans la première partie, ce livre dresse le bilan de dix années de « co-formations » mises en Å“uvre par l’équipe des « Ateliers du croisement des savoirs » du Mouvement Atd Quart Monde. Dans ces formations croisées entre professionnels de l’intervention sociale, de l’éducation ou de la santé avec des personnes en situation de pauvreté, chacun part de sa propre expérience. Ce qui est dit est pris au sérieux, analysé, critiqué et confronté avec les autres. Dans la seconde partie, nous mesurons l’impact du croisement des savoirs au sein de l’université. Avec cette démarche, tout le monde change de regard. C’est un véritable travail, exigeant*.
En quoi consiste la démarche de croisement des savoirs ?

F.F. : Nous proposons à tous de prendre en compte la parole et la pensée des personnes en situation de pauvreté, d’expérimenter ensemble ce que cela signifie, concrètement, pendant quelques jours, avec beaucoup de rigueur. Le livre explique ce qui change dans la vie des personnes concernées et dans les pratiques professionnelles, associatives, universitaires, dans la démocratie participative…
Comment des professionnels et des institutions peuvent-ils se saisir de cette démarche ?
F.F. : Ce livre n’est pas un « livre de recettes ». Les conditions pour que des personnes très pauvres puissent croiser avec d’autres ce qu’elles ont à dire, en direct et sans intermédiaire, sont exigeantes. Les professionnels qui ont déjà expérimenté cette démarche savent qu’il ne s’agit pas de reproduire une méthode, mais de continuer à questionner les pratiques en faisant place à l’analyse des personnes qui vivent la pauvreté.
Le croisement des pouvoirs, est-ce la démocratie participative ?
F.F. : Ce livre prouve qu’une démarche de co-construction des savoirs est possible en profondeur. C’est instaurer un partenariat avec les personnes en situation de pauvreté et se former à sa mise en œuvre. Cela donne lieu à de nouvelles connaissances et à de nouvelles pistes d’action. Cela remet en cause l’organisation des pouvoirs et des volontés politiques. Avec le croisement des savoirs, personne ne peut maîtriser l’aboutissement, et c’est très important. Oui, c’est un moyen de rééquilibrer la démocratie.
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