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Le squat : problème social ou lieu d’émancipation

Florence BOUILLON
samedi 4 septembre 2010

Conférence
Logement

Dans le cadre des conférences-débats, « La rue ? Parlons-en ! », initiées par l’association Emmaüs, Florence Bouillon expose ici le résultat de ses recherches sociologiques sur les différentes formes de squat, sur les disparités d’existence de ceux qui y habitent, mais aussi sur les différentes perceptions des squats dans la société et les réactions qu’ils peuvent provoquer.

Pour Florence Bouillon, « l’existence du squat procède avant tout du manque de logement » : c’est à partir de ce constat que le sujet de cette conférence s’est focalisé sur d’une part l’impossibilité d’accéder à un logement, d’autre part les phénomènes de contestation de cet état de fait. L’auteur a ajouté la question de la discrimination de certaines populations exclues de l’habitat ‘normal’ pour des raisons ethniques. C’est en particulier sur ce dernier aspect que l’auteur a enquêté sur le terrain depuis la fin des années 1990, en préparation de sa thèse « Les mondes du squat - anthropologie d’un habitat précaire », parue en 2009. Par contre, la question de ce qu’on appelle « les squats d’activités », où se développent des expériences dites alternatives, demeure au second plan dans l’exposé. Pour l’auteur, le squat est avant tout un « habitat de secours ».

Le problème social que représente le squat est longuement développé. Comment le squat, par définition illégal, est-il perçu par les propriétaires des lieux, par les bailleurs sociaux, les organismes HLM, les sociétés immobilières, les groupes bancaires, qui possèdent des locaux, souvent longtemps inoccupés. Comment le squat est-il perçu par le voisinage : crainte de trafics de drogue, troubles de la quiétude des lieux, nuisances diverses qui accroissent le sentiment d’insécurité et qui peuvent aller jusqu’à dévaloriser le quartier. L’auteur cite le livre d’Isabelle Coutant, « Les politiques du squat », qui montre que « les habitants des squats, qui font partie des fractions les plus précarisées des classes populaires, subissent le rejet des ouvriers plus stabilisés qui voient en eux la menace d’un déclassement ».

A propos de la situation légale des habitants des squats, l’auteur rappelle que la loi dite Loppsi2 (Loi d’Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure, en cours d’adoption) risque d’aggraver cette situation en ouvrant la possibilité d’expulser dans un délai de 48 heures toute personne vivant dans un logement susceptible de « comporter de graves risques pour la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques », et ce sur simple décision du préfet. Tous les habitats atypiques (cabane, camion, yourte, squat…) sont menacés. Il est ainsi prévu d’« adopter un texte donnant explicitement raison au droit de propriété contre le droit au logement » précise la conférencière.

Pour confirmer que les habitants des squats « sont avant tout des mal logés », l’auteur décrit longuement leur profil type : des personnes sans papier, des demandeurs d’asile, des migrants à qui l’asile a été refusé, mais aussi des immigrés en situation administrative régulière qui, pour des raisons de discrimination raciale ou ethnique, ne peuvent accéder à un logement de droit commun, des personnes ayant perdu leur logement, des femmes seules avec enfant, des personnes au chômage…

A l’opposé, les squats sont parfois la résultante d’« utopies urbaines », des lieux où peuvent s’épanouir des communautés alternatives, des expériences libertaires ou autogestionnaires, des espaces de résistance. Mais le plus souvent, pour les personnes pauvres, en marge de la société, c’est la possibilité d’être dans ses meubles, d’échapper aux contraintes des foyers d’hébergement, « Ã  une condition socio-résidentielle misérable », en somme « une tactique de résistance à la désaffiliation ».

Lors d’un débat très instructif, le dernier intervenant rappelait, en guise de conclusion, ces mots de l’abbé Pierre : « Je préfère que les gens vivent dans l’illégalité plutôt qu’ils ne meurent dans la légalité ».

Editions Rue d’Ulm - La Rue ? Parlons-en ! - 2010 - 70 p.

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