C’est un livre au contenu dramatique et malgré tout souvent drôle sur la grande pauvreté. L’humour, le style poétique et la force de vie du personnage principal, Baby, gamine dégourdie de douze ans, nous
émeuvent sans pathos. C’est elle qui parle : l’auteur la fait s’exprimer avec les pensées et le langage d’une enfant pauvre. Cela sonne toujours juste, même lorsque Baby nous entraîne dans son imaginaire toujours plein d’espoir et d’utopie.
Jules, son père, avait quinze ans quand elle fut conçue ; sa mère est morte l’année suivante. Jules, même à 27 ans, est encore un gosse sans notion ni de temps, ni d’argent, ni de responsabilité, encore que parfois…
Baby le suit dans ses déménagements successifs, au gré du travail ou des fuites. "En attendant, avoir un père gamin, ça voulait dire faire ses paquets en une heure pour échapper à un type de vingt-deux ans, venu d’Oshawa, qui allait être en pétard parce que vous aviez revendu ses guitares".
Peu à peu, Baby et Jules, parfois bien mal en point par la vie ou par l’un des deux, de séparations en rabibochages, savent survivre, espérer, s’aimer à leur manière et nous faire partager la vie intime des gens du Quart Monde. Leur soif d’amour, à tous deux, les amènent à croire en tous ceux qu’ils rencontrent. Ils cherchent mais donnent aussi. Et pourtant, la vie des rues n’est pas tendre.
Ce livre est captivant, plein de surprises, de situations inextricables, de rebondissements avec toujours beaucoup d’humour, de tendresse, d’émotion, d’humanité. Un livre aussi magique sur la vie en grande pauvreté que "La boîte à musique" de J.M. Defromont ; C’est un nouveau bijou sur l’enfance, la force de vie et l’aspiration de chacun à devenir un être humain aimant, libre et digne.
Editions 10-18 - 2008 - 280 p.
