Quelle est la raison d’être de l’Observatoire des inégalités ? Dans la présentation rédigée par ses fondateurs, sa création est liée à la conjonction de deux phénomènes : d’une part, la montée des inégalités, notamment sous la pression du chômage et de la dégradation du marché du travail, constitue une menace sérieuse pour la démocratie et ne pose donc pas uniquement un problème de justice sociale, mais aussi un problème politique ; d’autre part, l’Observatoire n’aurait pas lieu d’être si la collecte et la diffusion des données par les services publics étaient à la hauteur, l’appareil statistique français étant d’une grande pauvreté en ce qui concerne les éléments factuels sur les inégalités.
C’est la seconde fois que l’Observatoire publie cet état des lieux, la précédente édition datant de 2006. Plusieurs points importants se révèlent dans celle-ci. En premier lieu, il semble que l’insécurité qui pouvait apparaître (ou que l’on présentait) comme la principale préoccupation des Français en 2005-2006, ait laissé la place à la question du pouvoir d’achat et par conséquent à la répartition des revenus. Si depuis une douzaine d’années on constate une stagnation des revenus moyens, les données statistiques montrent par contre un net accroissement des très hauts revenus : « Les 2500 plus gros salaires ont augmenté de plus de 51% entre 1998 et 2005 ». L’ouvrage met aussi l’accent sur la partialité des données sur les revenus, en particulier sur ceux du patrimoine qui « s’ils étaient inclus dans les statistiques entraîneraient une hausse significative des inégalités ».
Autre point souligné dans cet ouvrage, la « précarisation des horizons de vie » et, en premier lieu, la précarité de l’emploi. Celle-ci concerne désormais la population des classes moyennes, en particulier celles issues récemment de milieux défavorisés. Le discours ambiant sur la « flexicurité » impose petit à petit que les emplois fragmentés, les petits boulots mal payés, le temps partiel au Smic horaire deviennent la norme. De nombreux chapitres en dessinent les résultats statistiques et les conséquences sociales. Dans une contribution sur la mesure du RSA qui vient d’être adoptée par le gouvernement, Denis Clerc précise que « le principal facteur d’inégalités n’est pas le taux de salaire, mais la durée d’emploi, qui multiplie par plus de trois l’ampleur des inégalités réelles dans les rémunérations versées ».
De nombreux autres points sont étudiés ici : les inégalités à l’école, dans l’accès à la culture, dans le domaine de la santé ; les inégalités entre hommes et femmes dans l’accès à un travail à temps plein : sur un million de personnes subissant le temps partiel, les femmes représentent 80% ; les inégalités imposées aux immigrés : ils connaissent un chômage double, un taux de pauvreté triple et perçoivent un salaire diminué d’un tiers par rapport aux non immigrés ; enfin les inégalités imposées aux gens du voyage.
En plus des chapitres consacrés aux données statistiques, un grand nombre de contributions rédigées par des économistes, des sociologues, des universitaires, analysent les différents aspects des inégalités présentes et en démontent les causes.
Cet ouvrage collectif est co-dirigé par Patrick Savidan, Président de l’Observatoire, maître de conférences en philosophie à Paris IV et Louis Maurin, directeur de l’Observatoire, journaliste au magazine Alternatives Economiques.
Facile d’accès car comprenant toutes sortes de rubriques indépendantes selon les divers aspects étudiés dans la partie « données statistiques », de nombreux encarts résumant les propos dans les seize contributions, une liste très fournie de sites Internet, un lexique définissant les termes plus spécifiques. Un document de référence.
Editions Belin - 2008 - 301 pages.
