Ce que Caroline Glorion a réussi dans le film Joseph l’insoumis et qu’Elisabeth Roger a su restituer avec intensité dans les photos de ce livre, inscrit dans le réel l’utopie rêvée par le père Joseph quand il a fondé le Mouvement ATD Quart Monde en 1957.
Il n’y a plus ici d’un côté des acteurs professionnels et de l’autre des "figurants" confrontés dans leur vie quotidienne à la misère, il y a des deux côtés des acteurs qui prennent ensemble le risque de faire revivre, face à une caméra, une histoire qui mène inévitablement à la transformation de tous. Les uns et les autres, en décidant de s’associer dans cette création artistique extraordinairement exigeante, parviennent avec force vérité et authenticité à faire en sorte qu’il n’y ait plus d’un côté une histoire de fiction, et de l’autre une histoire de réalité.
De son vivant, Joseph, l’insoumis, a exprimé le rêve qu’un jour l’humanité n’ait plus qu’une seule Histoire à raconter à ses enfants, celle où l’égale dignité voulue et reconnue par tous a raison de l’humiliation et de l’assistance.
Qui aurait pu penser, au milieu de cette boue du bidonville de Noisy-le-Grand, que des femmes et des hommes initieraient une nouvelle histoire d’alliance aussi espérée qu’inattendue ?
Qui aurait imaginé que, cinquante ans plus tard, cette histoire essaimerait aussi bien au flanc des ravines à Port-au-Prince, que dans les quartiers où l’eau monte d’année en année à Dakar, sur les décharges à Guatemala City, ou dans les banlieues les plus abandonnées de l’Occident ? C’est là en effet que des citoyens reconnus ou méconnus, s’inspirant de l’aventure vécue par le père Joseph et ces familles de Noisy-le-Grand, agissent aujourd’hui ensemble pour que, dans l’égale dignité, chacun puisse offrir à tous sa dimension d’acteur à part entière.
(Préface d’Eugen Brand)
Elytis - 2011 - 126 p. - 15 €
