Le Mouvement
ATD Quart Monde

Fabienne Gallois

mercredi 14 mai 2008

Dessiner pour permettre des rencontres

Les dessins qui accompagnent la réédition du livre Je serai cascadeur ! et les illustrations de l’album Les cinq pierres dorées sont signés de Fabienne Gallois. Une illustratrice impliquée contre l’exclusion.

Tous les enfants aiment dessiner. Etes-vous, en plus, d’un milieu artistique ?

Fabienne Gallois : Il y a des fibres familiales. J’avais un grand-oncle graveur, un autre cinéaste et un grand-père qui dessinait les lettres de l’alphabet. Mais c’est le hasard qui a vraiment décidé de ma route. J’avais 12/13 ans. Mon père m’a fait apprendre le Chinois or, dans la salle d’à côté, se tenait un atelier animé par un peintre. Cette rencontre a tout déclenché. Il m’a encouragé. J’ai pris des cours avec lui, suivi des études d’arts plastiques, une école préparatoire puis je suis partie avec mon book sous le bras démarcher des éditeurs qui, à l’époque, recevaient encore les illustrateurs. Aujourd’hui je fais partie de l’association « La maison des illustrateurs ». Dans ce métier de solitaire, cela me permet d’avoir des relations avec des confrères et une ouverture pour pouvoir travailler. Mes parents auraient préféré que je choisisse la branche publicitaire avec une meilleure sécurité de l’emploi. J’ai fait un choix de vie : tirer une croix sur les voyages, ne pas pouvoir acheter une maison… Et encore, j’ai longtemps vécu en couple, sinon je n’y serais pas arrivé. Mais j’ai la chance de faire ce que j’aime. Et être publiée, c’est un bonheur !

Comment et pour qui créez-vous ?

F.G : L’inspiration est capricieuse. On peut passer dix heures par jour sur un dessin ou n’en passer qu’une seule. Certains parlent de don. J’y crois moyennement. Tout est question d’envie, d’éveil permanent et de travail. En ce qui concerne la technique, j’utilise pas mal de procédés : peinture à l’huile, aquarelles, encres, collage. Je supporte mal ce qui est répétitif. Dans l’immédiat, j’expérimente le stylo bille. C’est amusant, c’est comme retourner à l’école. De même, j’aime bien changer d’univers : j’ai eu l’occasion d’illustrer des cahiers de vacances, des livres de grammaire, de jeux, des albums d’éveil… Pour de petites encyclopédies des animaux du monde, j’ai beaucoup dessiné des fauves, des poissons, des éléphants. Mais cela exige d’être un exécutant qui reproduit à la bonne taille davantage qu’un inventif. Mon style figuratif, épuré, ayant intéressé un éditeur coréen, j’ai également eu la chance d’hériter de Gandhi pour une collection de biographies. En ce moment, je réalise des croquis de concerts pour un collectif d’artistes autour du chanteur Mano Solo. L’idéal, dans notre métier, ce sont les belles histoires pour les enfants. C’est un public bien plus difficile que celui des adultes car ils ont un Å“il redoutable.

En quoi votre travail avec Tapori rejoint-il vos différents engagements ?

F.G : Avec « Je serai cascadeur ! », l’imaginaire a fonctionné tout de suite. Les personnages sont bien campés et ces gamins sont attachants. J’ai longtemps vécu en cité HLM de banlieue. Des enfants comme Andy, j’en ai connu plein. Pour l’histoire de Valéria, dans « Les cinq pierres dorées », l’héroïne a de grosses lunettes. Graphiquement c’est intéressant, d’autre part le thème de la différence me plaît. J’ai longtemps parrainé les études d’un petit Sénégalais qui a malheureusement dû quitter l’école pour aller aider son papa dans les champs alors qu’il obtenait de bons résultats. Je suis sensible à tous ces combats et j’ai besoin de me sentir utile. Pendant plus de trois ans, j’ai été bénévole aux Restaurants du CÅ“ur. Une expérience qui remet bien des pendules à l’heure. Le projet de Tapori visant à mettre en relation des enfants différents est une belle démarche. Je souhaite que ces livres aident à faire avancer les consciences.

Propos recueillis par Chantal Joly

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