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Éradiquer la misère : un livre, un projet, un défi

Rencontre avec… Blandine Destremau, Nicolas Duvoux, Nonna Mayer et Xavier Godinot
lundi 23 février 2009

Plus d’infos sur ce livre :

Une vidéo de présentation du livre par X. Godinot

Eradiquer la misère

Xavier Godinot :

« Ã€ l’origine de ce livre collectif publié par les Presses Universitaires de France, il y a une recherche financée par la Banque mondiale sur le thème : “sortir de la pauvreté”. Nous avons écrit avec des personnes en grande pauvreté le récit de leur vie, au Burkina Faso, aux Philippines, en France et au Pérou. C’est la première partie du livre. Nous voulions comprendre leurs projets, les obstacles qu’elles rencontrent, les forces qu’elles mobilisent, en travaillant avec la rigueur scientifique voulue par Joseph Wresinski dès les débuts d’Atd Quart Monde. Nous montrons que la misère est de même nature au Nord et au Sud, même si ses caractéristiques et son étendue sont très variables selon les pays. Un éditeur anglais nous a proposé de confronter nos découvertes à celles des économistes et sociologues qui, depuis la guerre, ont essayé de comprendre la pauvreté. Cette mise en perspective constitue la seconde partie. »

Blandine Destremau est économiste, spécialiste de la lutte contre la pauvreté en Afrique et au Moyen orient.

« La parole des pauvres donne une signification à ce qu’ils vivent et à ce que les chercheurs peuvent dire. Il me semble qu’en France, cette idée que les gens doivent être écoutés fait son chemin. Sans cela, on les enferme très vite dans des formes de participation imposées. La participation ne peut pas seulement être offerte, elle doit être saisie. Ce livre ouvre le chemin pour “faire avec”, ce que nous, les chercheurs, nous oublions souvent. »

Nicolas Duvoux est sociologue et auteur avec Serge Paugam de La régulation des pauvres. Du RMI au RSA.

« Le traitement de la pauvreté est révélateur de l’évolution du lien social dans une société. Depuis les années 1990, on se trouve en France face à plusieurs paradoxes. D’un côté, les droits sont étendus aux plus pauvres et, de l’autre, l’opinion publique croit de plus en plus que les pauvres sont responsables de leur sort. Ce livre montre bien que c’est plus compliqué que cela. D’un côté, la pauvreté est visible et, de l’autre, on constate une grande méconnaissance, y compris au sein d’institutions nationales et internationales. Il n’y a pourtant pas de politique efficace si l’on ne comprend pas ce que vivent les personnes concernées. Il s’agit de transformer nos représentations. »

Nonna Mayer est directrice de recherche CNRS au CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po). Ses recherches portent en particulier sur le militantisme associatif.

« L’égalité politique ne peut se construire qu’avec l’égalité sociale. L’intérêt de cet ouvrage est de montrer comment on peut construire l’égalité sociale. Il décrit comment des gens qui n’ont rien mettent ensemble ce rien, et cela représente le début de quelque chose. Il montre que du sentiment d’injustice peut naître une mobilisation collective. Nous assistons depuis les années 1990 à d’importantes mobilisations collectives en faveur des sans papiers, des sans emplois, des sans logements. On s’aperçoit aussi que nos démocraties “participatives” ou délibératives” sont en demande du savoir des gens ordinaires : pas besoin d’être un savant pour donner son avis. »

Xavier Godinot

« Charles Booth, un sociologue anglais, disait : “Les riches ont tiré devant les pauvres des rideaux sur lesquels ils ont peint des monstres.” Nous avons cherché à déchirer ces rideaux pour donner à voir des êtres humains qui souffrent, qui espèrent, qui pleurent, qui rient, qui pensent et qui luttent. Ces récits de vie sont resitués dans le contexte de la mondialisation et des mouvements sociaux qui cherchent à orienter celle-ci autrement. Nous insistons sur la double nécessité des transformations personnelles et des transformations sociales. Le combat contre la misère a des dimensions scientifiques, économiques et politiques, mais aussi culturelles et spirituelles. Il requiert toutes les facettes du savoir et du vouloir humains. Son éradication est une idée civilisatrice dont nous ne pouvons nous passer, car elle nous oblige à devenir plus humains, plus cohérents avec nos propres idéaux. »

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