
En 1976, je suis interpellée par Joseph Wresinski, fondateur du Mouvement ATD Quart Monde. Il fait appel à tous pour créer avec les personnes en grande pauvreté une manière de vivre dans la société basée sur le respect mutuel, l’échange d’expériences et de savoir. Je décide de prendre ma place comme volontaire permanente de ce mouvement.
Plus tard, en 1995, j’accepte l’animation de l’Université Populaire Quart Monde, un espace de rencontre et de réflexion qui permet aux personnes en grande précarité de confronter leur expérience et leur pensée à celles d’autres citoyens. Je remarque qu’il n’est pas facile de faire entendre sa voix quand les conditions de vie ont profondément marqué les corps. Je repense au bien-être que le travail corporel m’a apporté.
Cela me donne l’idée, en 1997, de faire appel à Jean-Paul Baget, chef de chœur et pédagogue, pour qu’il anime quelques séances autour d’un travail vocal et corporel avec tous les participants de l’Université Populaire. Lui-même sollicite Aniochka Guyot-Mallet, pianiste, pour l’accompagner.
Nous sommes une quinzaine de personnes dont huit hommes à oser l’aventure pendant trois mois. Je constate très vite qu’il n’y a plus d’un côté ceux dont les droits sont bafoués et de l’autre ceux qui les soutiennent, mais simplement des hommes et femmes qui se rencontrent sur un même plan, découvrant chacun leur voix et le désir de chanter. Avec Jean-Paul, nous décidons de continuer.
Nous avançons pas à pas, nous retrouvant après chaque atelier pour penser l’étape suivante. Je porte attention aux liens avec chaque chanteur pour que personne ne se décourage : que celui qui a le plus de difficulté avance à son rythme et trouve sa place, et que le plus rapide ait le désir de continuer à chanter dans ce groupe. Nous cherchons à être créatifs avec tous pour réussir ensemble. Au fil des ans, le nombre des participants oscillera entre trente et cinquante. Les départs seront presque toujours motivés par des déménagements. Au total, cent personnes participeront au moins un an à l’atelier.
En 2000, Jean-Paul Baget invite les jeunes chanteurs de Passador, un chœur qu’il met alors en place, à participer ponctuellement. Cela permet aux personnes de l’Atelier d’entendre et d’être dans un bain sonore harmonieux. Peu à peu, les jeunes soutiennent le travail vocal des petits groupes locaux et des pupitres, jusqu’à ces deux dernières années, où un partenariat étroit va s’instaurer. À travers des rencontres régulières, les uns et les autres apprennent à se connaître, à découvrir leur voix et à l’aimer.
Cette aventure, à laquelle se joignent au moment des fêtes du chant, les chœurs Kiantado, Porte dorée et Rasboynika, dirigés par Jean-Paul, devient un terreau privilégié pour cultiver le changement de regard sur soi-même et sur les autres. Quelles que soient nos vies, nous faisons travailler le même instrument : notre corps, chacun avec ses peurs et ses enthousiasmes. Nous faisons l’expérience de la beauté et de l’harmonie, pour moi véritable antidote à la violence trop souvent présente dans la vie quotidienne.
Toute expérience artistique a un rythme propre, avec un début et une fin. En 2007, après avoir assumé pendant dix ans l’animation, Jean-Paul et moi décidons d’arrêter l’Atelier. Il nous tient à cÅ“ur de permettre à chaque chanteur d’intérioriser l’expérience et d’en faire un atout pour les nouvelles étapes de son chemin. Nous espérons que ce film contribuera au rayonnement de cette aventure, comme l’a fait le premier film : « Quand des voix se rencontrent… », afin que cette expérience soit source de créations nouvelles où d’autres personnes en grande pauvreté auront pleinement leur place.
Jean-Paul Baget, chef de chÅ“ur, revient sur son parcours, "à l’écoute du talent unique de chacun" dans la rubrique "Rencontre avec…"
DVD 30 mn - 18 €


